Souvent, je me dis que j'aimerais bien être un oiseau. Finalement, cette pensée a pris tout son sens il y a quelques semaines. Et c'est là que j'ai pu en apprécier plusieurs aspects...
Un moineau m’est rentré dedans l’autre jour. J’ai crié. Il m’a fait peur ce con. Oh non, pauvre bébé. J’espère que je lui ai pas fait de mal. Parce que bon, moi j’ai crié parce qu’il m’a surpris. Lui vient quand même de se prendre un sacré mur en ma personne. C’est comme si je fonçais dré dans un éléphant. Ouch. Je sais pas si je serais repartie aussi rapidement sur mes deux jambes que lui est reparti avec ses petites ailes. Je pensais en avoir fini avec cette histoire de moineau. Que nenni. Je suis affalée dans un fauteuil, au demeurant très confortable, et je suis entourée de moineaux. Ils tournent autour de mes pieds. J’ai même cru qu’un allait me grimper dessus. Mais non. Ils ont eu peur. Toujours ce même rapport David contre Goliath. C’est triste. Du coup, j’ai commencé à me poser des questions : les moineaux étaient-ils là pour moi ? Avaient-ils un message à me délivrer ?
Direction Google : moineau signification. Même pas besoin de valider, un premier lien s’affiche : « moineau signification spirituelle » bla bla bla. C’est super. C’est pile ce que je cherche. Je lis rapidement : « il nous rappelle de chanter notre propre chant de dignité et d’estime de soi ». Est-ce que ça résonne ? Bien évidemment. Au plus profond même. Est-ce que je doute de moi ? Bien évidemment. Tout le temps. Est-ce que j’ai une haute estime de moi ? Absolument pas. Ou plutôt, statut compliqué. Un peu comme les meufs sur Facebook qui mettent le statut « Relation compliquée ». J’ai jamais vraiment compris ce que ça signifiait. Et puis, plus personne ne fait ça. C’est juste pour l’image. Histoire qu’on se comprenne bien. Bref, dans l’estime de soi, disons qu’il y a des hauts et des bas. En principe sur le fond, je me sens capable de déplacer des montagnes, et je me sais dotée de certains… talents. Pas Wonder Woman, plutôt Daenerys Targaryen. En moins tarée sur les bords. Après sur le papier, c’est plus fluctuant. Mon mental semble me condamner à une vie de misères. Une véritable Cosette. Attendant désespérément que Jean Valjean la sauve des Thénardier. Alors la balance entre une Khaleesi à dragons et une orpheline maltraitée… comment dire ? C’est dur à trouver.
Pour tenter de trouver un équilibre, j’ai fait une formation de 3 semaines de yoga. Sur le principe même, j’ai du mal à percevoir en quoi masteriser le chien tête à bas va m’aider mais bon. Pourquoi pas. Ou pas du tout. J’ai peut-être besoin d’un bon coup de cravache, comme pour faire trottiner un poney un peu flemmard obsédé par la bouffe. Je sais pas trop là, pour le coup, quelle image je préfère. La cravache, ça marque. Le chien tête en bas, beaucoup moins. Encore une belle illustration de toute la dualité de mon petit cerveau d’amour. Et puis c’est dur de s’auto-administrer un coup de cravache. Comme de tirer la bande de cire. Ça fait mal, mais c’est nécessaire. Faut que j’arrête avec les images. C’est trop.
Et puis, tout ça part quand même du fait qu’un moineau m’a foncé dedans. Ni plus ni moins. Il n’y a pas nécessairement besoin d’y voir une signification quelconque. Mais quand même. Il m’a foncé dedans. Une semaine plus tôt, c’est carrément une lampe qui m’est tombé dessus. Mais je divague. Ce que je pensais être le highlight de ma journée, à savoir ma collision fortuite avec un petit oiseau, ne s’est finalement avérée être qu’une part infime de ma journée. Puisqu’alors que je dégustais des cafés, puis un déjeuner en terrasse en compagnie d’une de mes personnes préférées sur cette planète, à savoir mon frère, j’ai reçu un coup de fil. Et pas des moindres : « Zoz, ça va ? Je suis désolé, je vais être en retard, je viens d’avoir un accident de parapente ». Pardon, quoi ? Je suis hébétée. Le moineau était-il un signe avant-coureur ? Je vais sacrément me méfier maintenant la prochaine fois que j’en reprends un. Là, c’est plus un gentil petit oiseau qui s’est pris une jeune femme. C’est un homme qui est littéralement tombé du ciel. Comme dans la chanson d’Higelin, « Tombé du ciel ». Je regarde les paroles. Mouais. Je sais pas franchement ce qu’on peut en déduire. Quelle est la signification de ce truc ?
Même Google n’arrive pas à répondre à ça. Google putain. La quintessence de l’intelligence et de la connerie humaine, capable de t’expliquer la moindre notion en moins de 2 secondes, même pas foutue de répondre à une seule et unique question. En même temps, c’est plutôt rassurant. Les machines ne peuvent offrir de réponses qu’à partir d’une base déjà existante. L’IA peut même créer des scénarios, écrire des romans, mélanger les styles et les histoires. Mais la vie est visiblement suffisamment bien faite pour comporter encore des surprises. Des premières fois. De la spontanéité. Prends ça dans la gueule ChatGPT. Mais bon, pour prouver - inconsciemment et uniquement dans mon propre imaginaire - que le monde n’allait pas finir en une bataille temporelle entre John Connor et Skynet, il était pas obligé de faire l’homme volant. Parce qu’il aurait pu mettre un point final à son histoire.
Pour autant, et pour couper court à tout suspens (Arthur Conan Doyle se retourne à cet instant dans sa tombe), elle se poursuit. Assez miraculeusement. Complètement miraculeusement. Après moult débats et hésitations sur le fait d’aller à l’hôpital ou non, une menace d’explosion de cerveau, des jeux à gratter qui n’ont rien rapporté, un parcours à vélo compliqué, des blagues douteuses et franchement lourdes, des modifications de billets d’avions avec une dame très sympa et une autre beaucoup moins, un type capable de babiller sans fin sur l’état de son ligament croisé et le métier de ses enfants, une arrivée triomphale en fauteuil roulant et blouse, tout va bien. Pfiou. Je respire à nouveau. Mon esprit et mon corps se détendent en parfaite symbiose. Un coup de barre me rétame. Wow. Par souci de gérer et de rassurer, j’avais pas réalisé à quel point j’étais stressée. Ça m’est tombé dessus d’un coup (sans mauvais jeu de mots). Et, bien qu’épuisée, j’avoue avoir été drôlement fière de moi. Parce que, bordel, j’ai géré. De toute façon, j’avais pas le temps de réfléchir, juste d’agir.
Ça m’a ramené à un côté de moi que j’ai occulté ces dernières années. Pour lâcher prise, me connecter à mon moi profond, tenter de me trouver tant au niveau perso que pro, socialiser. Mais en fait, je suis assez douée pour gérer la pression et le stress ambiant en situation d’urgence. Même carrément forte. Ce qui s’est confirmé les semaines suivantes (potentiellement l’objet d’un prochain épisode). Et j’adore. J’adore cette attitude bossy, cette force étalée, ce statut de roc, cette sensation de pouvoir. La confiance déborde, les gens s’en remettent à moi. Je suis la reine des abeilles. Ou mon goal : un powerful white male. Je peux, je veux, je dois, je suis utile, je suis indispensable. L’adrénaline monte, et je suis au taquet. Je peux continuer comme ça des heures durant. Mais comme toujours quand ça monte, ça finit par redescendre. Pour l’équilibre. La balance. Le sentiment de toute-puissance cède la place à une gratitude infinie et à l’humilité. Louis IX devient Saint-Louis. Voilà pour l’humilité.
Malgré un état de fatigue avancé, je n’ai rien dormi de la nuit suivante. L’état d’urgence interne avait été décrété, version Jean Castex pendant le Covid. Il me fallait veiller. Vérifier qu’il respirait, que son coeur battait. Dans ma tête, la commotion menaçait toujours. Peut-être même plus dans la mienne que dans la sienne finalement. C’est surtout mon cerveau qui s’est servi de ce prétexte pour faire illusion. Un vrai Houdini ce petit coquin. J’avais pas encore pris la mesure de la peur qu’il m’a flanqué. La peur qu’il meurt. La peur de la mort. Même toujours maintenant, plus d’un mois après, je ne suis pas certaine d’avoir encore tout à fait fait le tour de cette histoire. Des questions remontent, sans cesse, sur la vie, ses possibilités, ses opportunités, la mort. Le sens des choses. Je me suis d’ailleurs fait tatouée il y a un an une flèche sur le bras avec mon frère, parce qu’on voulait un tatouage avec du sens. Quel humour chez les André… Et ben je suis servie. Entre les lampes, les moineaux et les gens qui tombent du ciel, ma quête de sens s’embourbe. Même la recherche du Graal s’avérerait plus simple. Bon j’avoue, j’abuse. C’est mon petit côté sudiste. D’autant que j’ai quelques pistes de réflexion quand même.
Sur le coup, c’était vraiment cette histoire de mort qui m’obsédait. Enfin, de mort, de fin, d’arrêt. Déjà, parce que juste avant de commencer cet écrit par mon histoire de moineau, je buvais un premier café et j’écrivais un premier texte qui portait sur la grand-mère d’un ami qui venait de mourir. Je regardais les billets de train pour me rendre à ses funérailles. Résignée, je me suis rapidement aperçue que je ne pouvais pas y aller. Et en même temps, pour être parfaitement honnête, je n’en avais pas envie. Comme tout le monde j’imagine. Mais les enterrements, je connais. Ça a même rythmé mon enfance à un moment donné. Hormis celui de Papily, dont j’ai assuré une partie de l’animation, j’ai horreur de ça. J’ai déjà énormément de mal à gérer la tristesse en temps normal, comme quand ma mère s’effondre devant moi. Je peux être extrêmement froide, juste parce que ça me fait paniquer. Alors lors d’un deuil… Et là, il s’agissait des 3èmes funérailles en 6 mois. On dit jamais 2 sans 3, et pas 3 sans 4. Heureusement donc, les proverbes sont bien faits, et il n’y a pas eu de 4ème enterrement. Ouf, je commençais à me demander si j’étais pas un chat noir.
C’était aussi le fait que lui n’ait pas plus de 60 ans. Et moi qui cherchais un Sugar Daddy… Pince-sans-rire, il a encore pleins de choses à faire, à vivre. C’est toujours la même phrase quand une personne jeune décède : « il avait encore tant à vivre ». Là c’est plutôt l’idée de l’arrêt sur image lors d’un direct. Quand l’écran devient noir et qu’un cercle n’arrête pas de tourner sur l’écran. Et on a beau prier, supplier, s’énerver pour que la connexion revienne, elle est rompue. End of the game. En un claquement de doigts, ce qui est, n’est plus. L’instant en devient bien plus précieux. Je me suis un peu retrouvée avec cette idée qu’il fallait maximiser chaque minute de mon temps. Qu’il fallait que j’arrête de le perdre. Que je vive à la pleine hauteur de mon immense et incroyable potentiel. Que j’embrasse les opportunités avec passion. Que j’ose. Ça, pour le coup, ce serait son héritage. Heureusement qu’il est pas mort du coup. Ça me met vachement moins de pression, je me serais sentie obligée de suivre ses préceptes comme ceux d’un gourou, du style Ketut dans Eat Pray Love.
Le surlendemain, et les jours et les semaines suivants, ça a davantage été la symbolique autour de la chute. D’abord, une analyse très factuelle : la lampe est tombée, mais l’ampoule ne s’est pas brisée. Le moineau m’est rentré dedans, mais est reparti en voletant, certes pas très droit, voletant tout de même. Lui est tombé du ciel, mais n’a rien eu, à peine une égratignure. Et tout va bien. Les choses, les animaux et les gens tombent mais se portent comme des charmes. Pourtant, on m’a appris très jeune à craindre la chute. C’est ce que le commun des parents répètent à leurs enfants : « fais attention, tu vas tomber ». Puis, le sport est entré dans ma vie, en même temps que la phrase « c’est en tombant qu’on progresse ! ». Et finalement, à l’aube de ma vie d’adulte, des livres de développement personnel, des podcasts et émissions TV ainsi que ma chère maman ont quant à eux affirmer que ce n’est qu’en tombant qu’on pouvait se relever. Et grandir.
Bon là, il m’a fallu une minute pour apprécier tout le paradoxe. Encore une fois, pour moi, quand les choses tombent, elles se brisent. Et là non. Et ça faisait beaucoup de choses qui tombaient. Alors, qu’est-ce que ça veut dire ? Là non plus Google n’a pas la réponse. J’ai donc demandé à des humains, majoritairement des humaines d’ailleurs, puisque je me trouvais en formation de yoga à ce moment-là. Pour elles, le sens était évident et presque biblique : un ange tombé du ciel. Dans les faits, j’émets quelques doutes. C’est là que mon ange gardien s’est manifesté, ou plutôt ma guide sur cette planète. J’ai nommé, ma mère. J’ai mis quelques jours à lui en parler. Par pudeur, un peu, par peur de ce qu’elle allait bien me dire, beaucoup. Parler avec ma mère peut s’avérer aussi merveilleux que terrifiant. Pas de détours avec elle : je m’observe dans le miroir de ses yeux. Et une fois que j’ai fini, que j’ai bien pris la mesure de tout, plus question de faire demi-tour ou de faire l’autruche. Il est temps de faire face. Ce serait comme avoir tous les ingrédients de cookies devant soi, et juste les observer, sans les cuisiner. Ça n’a aucun intérêt.
Sa réponse s’est avéré bien moins catho, bien qu’elle s’appelle Marie. Et pas franchement une interprétation, plutôt une constatation : laisse les choses te tomber dessus, puisque ça finit bien et accepte la facilité. Toujours cette idée de lâcher-prise. Et moi qui pensais presque devenir Dalaï-Lama… Ça a remis les choses en perspectives. T’es mauvaise Jack. T’as encore un paquet à apprendre. Et puis, c’est vrai que sémantiquement, dire que quelque chose te tombe dessus n’est pas nécessairement négatif. C’est davantage relier au hasard qu’à une quelconque qualification de positivité ou de négativité. Mais je ne crois pas au hasard. Je crois au sens caché des choses, aux labyrinthes pleins d’angles et d’impasses, aux allées doucement ombragées et aux recoins sombres qui se révèlent lorsqu’il est temps.
Alors finalement, je réalise que je n’ai toujours pas capté le sens de cette histoire et ses significations profondes. Et que malgré tous mes efforts actuels, et une envie irrépressible de comprendre, ça ne viendra pas tout de suite. Au fond, ce n’est pas grave. J’ai juste à attendre de voir ce qui va me tomber dessus par la suite, tout en me bougeant quand même pour activer certaines choses. Un juste équilibre entre agir et lâcher, battre des ailes et plâner, piquer comme un aigle et flâner comme un moineau.